Dépêche ministérielle du 22 mars 1856
Recrutement dans la Marine nationale de marins autochtones en Algérie

 

Afin d'encourager le recrutement de marins autochtones la dépêche ministérielle du 22 mars 1856 instituait que ces marins seraient payés par la Marine au même titre que les marins métropolitains. Car, comme le fera remarquer M. LACOUR dans une étude publiée bien plus tard en 1883: Que sont devenus les 15000 audacieux raïs dont la mer était l'élément principal. Le voyageur qui parcourait les côtes de l'Algérie s'étonnait de n'y rencontrer aucune trace de la vieille marine algérienne et de voir leur littoral devenu le rendez-vous des navigateurs de tous les pays méditerranéens, détourner à leur profit les richesses de notre patrimoine maritime. En effet des navigateurs originaires du bassin méditerranéen :Valenciens à Beni-Saf et Oran, Italiens à l'ouest d'Alger, Catalans, Languedociens, Corses à La Pérouse, Jean-Bart, Suffren à l'est d'Alger, avaient un monopole de fait, acquis pour certains avant 1830. 
Cette tentative n'était pas la première du genre mais selon l'opinion d'un contemporain: Les marins indigènes servent avec intelligence et bonne volonté. Ils sont habitués à la mer, et feront de bons matelots s'ils continuent le métier de marin. Ils ont presque tous malheureusement des intérêts à terre et à ce titre ne désirent qu'une chose: servir dans les Directions de port.

Un arrêté gouvernemental du 15 novembre 1855 avait créé une Ecole de marins indigènes à bord de la Ménagère (bâtiment stationnaire). Malgré la liberté laissée à l'Amiral de remplacer les marins métropolitains par des autochtones l'expérience ne fut guère concluante. Le commandant Rigo dit dans son rapport sur cette tentative concluait: au lieu de prendre des hommes faits, il convient de prendre des jeunes. Il fallait se rendre à l'évidence la conversion attendue et souhaitée par la France des anciens raïs en pêcheurs d'éponge ne s'était pas effectué spontanément. Une action incitatrice des pouvoirs publics auprès des populations du littoral paraissait nécessaire pour susciter des vocations. 

 


A la fin du XIXème siècle les pêcheurs étrangers devenus Français par application des lois de 1886-1888 s'étaient fixés dans des hameaux maritimes comme Bou-Haroun, Chiffalo, Courbet-Marine, ainsi que dans les quartiers de la Marine à Oran et Alger. Après une période difficile, le temps de la pêche aux bœufs appelait ainsi car ils tiraient deux par deux un filet qu'ils remontaient alternativement. Grâce à une législation plus favorable le nombre de chalutiers doubla passant de 10 à 20 à Alger, auxquels il convient d'ajouter 4 à Ténes, autant à Cherchell et une dizaine de plus petit tirés le soir sur la grève à Bou-Haroun. Ces hommes durs au travail reportaient leur espoir sur leurs enfants en leur permettant d'aller à l'école. 
Après la seconde guerre mondiale des bateaux plus modernes leur permirent d'élargir leur zone de pêche. Les scientifiques apportèrent une contribution non négligeable. Des géologues comme André Rossfelder et ses collaborateurs MM. Jean CAULET et Lucien LECLAIRE établirent avec l'aide efficace de M. Robert LAFFITTE une carte et une note descriptive des fonds du littoral algérien. C'est parmi ces hommes, dont les aïeux étaient pécheurs d'éponge, que se recrutèrent les scaphandriers qui par leur travail, sous la conduite d'ingénieurs, dotèrent l'Algérie de ports modernes, adaptés aux besoins de la marine marchande contemporaine et à ceux des alliés pendant la seconde guerre mondiale. Réquisitionnée en 1939 et en 1942 la flotte des chalutiers apporta se contribution à la victoire finale mais y perdit beaucoup de ses marins et la majeure partie de ses unités coulées à Oran et à Bizerte. 
L'œuvre peu connue de ces hommes est encore perceptible aujourd'hui sur les côtes d'Algérie. Leur savoir-faire a été simplement transféré sur les anciens descendants de cette époque pionnière. Pour remettre en mémoire ce monde maritime d'une autre époque, il fallait peut être mettre des mots là où il n'y en avait pas encore. 

Robert Davezac
20/03/2004

P.S : Cette communication n'aurait pu voir le jour sans le travail de documentation de M. Edgar Scotti, qu'il en soit remercié. 

POUR EN SAVOIR PLUS : 
- GRUVEL André, Conseiller du ministère des Colonies, Dépêches maritimes en Algérie, 1926. 
- ROSSFELDER André, CAULET Jean-Pierre, LECLAIRE Lucien, 1ère carte des fonds du littoral algérien, sous l'égide de Monsieur Robert Laffitte, 1945. 
- CAMUS Albert, Noces, Le premier Homme
- BRUNE Jean, Articles sur la pêche dans la Dépêche Quotidienne. 
- DUVOLLET Pierre, Tome 10 et 14 sur les villages de Tefeschoun, Chiffalo et Bou-Haroun. 
- CRESPO Jacques, Les Italiens d'Algérie.

 

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